Paroisse de Leuze-en-Hainaut

UNITE PASTORALE DE LEUZE-EN-HAINAUT
Unité pastorale refondée
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Une Parole … Une Prière

« En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17, 1b-11a
(Illustration : Eugène Burnand, La Prière sacerdotale, 1900-1918, Huile sur toile
190 x 370 cm, Don de Jean-Jacques Mercier-de Molin 1904,
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne)
 
 

A Méditer...

MESSE À L'OCCASION DU CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE
SAINT JEAN-PAUL II
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique vaticane - Autel Saint Jean-Paul II - Lundi 18 mai 2020
 
« Le Seigneur aime son peuple » (Ps 149, 4) avons-nous chanté, c’était le refrain du chant entre les lectures, et également une vérité que le peuple d’Israël répétait, il aimait répéter : « Le Seigneur aime son peuple ». Et dans les moments obscurs, toujours « Le Seigneur aime » ; il faut attendre comment se manifestera cet amour. Et quand le Seigneur envoyait un prophète pour cet amour, un homme de Dieu, la réaction du peuple était : « Le Seigneur a visité son peuple » (Ex 4, 31), parce qu’il l’aime, «il l’a visité ». Et la foule qui suivait Jésus disait la même chose en voyant ce que faisait Jésus : « Le Seigneur a visité son peuple » (Lc 7, 16).
Aujourd’hui, nous pouvons dire ici : il y a cent ans, Dieu a visité son peuple. Il a envoyé un homme, il l’a préparé à être évêque, et à guider l’Église. En faisant mémoire de saint Jean-Paul II, reprenons cela : « Le Seigneur aime son peuple », le Seigneur a visité son peuple, il a envoyé un pasteur.
Et quels sont, disons, « les traits » du bon pasteur que nous pouvons trouver en saint Jean-Paul II ? Ils sont nombreux ! Mais citons-en trois seulement. Comme on dit que les jésuites disent toujours les choses... Trois, disons trois : la prière, la proximité avec le peuple, et l’amour de la justice. Saint Jean-Paul II était un homme de Dieu parce qu’il priait et il priait beaucoup. Mais comment se fait-il qu’un homme qui a tant à faire, tant de travail pour guider l’Église... a tant de temps pour prier ? Il savait bien que le premier devoir d’un évêque est de prier. Et ce n’est pas Vatican II qui l’a dit, c’est saint Pierre qui l’a dit, quand ils ont fait les diacres ils ont dit : « quant à nous, évêques nous resterons assidus à la prière et au service de la parole » (cf. Ac 6, 4). Le premier devoir d’un évêque est de prier. Et lui le savait, et il le faisait. Modèle de l’évêque qui prie, le premier devoir. Et il nous a enseigné que lorsqu’un évêque fait son examen de conscience le soir, il doit se demander : combien d’heures ai-je prié aujourd’hui ? Un homme de prière.
Deuxième trait, homme de proximité. Ce n’était pas un homme séparé de son peuple, au contraire, il allait à la rencontre de son peuple ; et voyagea dans le monde entier pour rencontrer son peuple, pour chercher son peuple, pour être proche. Et la proximité est l’un des traits de Dieu avec son peuple. Rappelons que le Seigneur dit au peuple d’Israël : « Quelle est la grande nation dont les dieux se fassent aussi proches que Yahvé notre Dieu l’est pour nous ? » (cf. Dt 4, 7). Une proximité de Dieu avec le peuple qui se fait ensuite étroite en Jésus, qui se fait forte en Jésus. Un pasteur est proche de son peuple, au contraire s’il n’est pas proche, ce n’est pas un pasteur, c’est un hiérarque, c’est un administrateur, bon peut-être, mais ce n’est pas un pasteur. Proximité avec son peuple. Et saint Jean-Paul II nous a donné l’exemple de cette proximité : proche des grands et des petits, de ceux qui sont proches et de ceux qui sont loin, toujours proche, il se faisait proche.
Troisième trait, l’amour de la justice. Mais la justice pleine ! Un homme qui voulait la justice, la justice sociale, la justice des peuples, la justice qui chasse les guerres. Mais la justice pleine ! C’est pour cela que saint Jean-Paul II était l’homme de la miséricorde, car miséricorde et justice vont ensemble, on ne peut pas les distinguer [dans le sens de séparer], elles vont ensemble : la justice est la justice, la miséricorde est la miséricorde, mais on ne trouve pas l’une sans l’autre. Et, en parlant de l’homme de la justice et de la miséricorde, pensons à ce qu’a fait saint Jean-Paul II afin que les gens comprennent la miséricorde de Dieu. Pensons combien il a promu la dévotion à sainte Faustine [Kowalska], dont à partir d’aujourd’hui, la mémoire liturgique sera pour toute l’Église. Il avait senti que la justice de Dieu avait ce visage de miséricorde, cette attitude de miséricorde. Et cela est un don qu’il nous a laissé : la justice-miséricorde et la miséricorde juste.
Prions-le aujourd’hui, pour qu’il nous donne à tous, spécialement aux pasteurs de l’Église, mais à tous, la grâce de la prière, la grâce de la proximité, et la grâce de la justice-miséricorde et de la miséricorde-
François
( : Vatican)
 




 
 
 

Message de Mgr Harpigny pour l'Ascension
Notre évêque nous parle de l'expérience du Ressuscité au cours du temps pascal et du sens de l'Ascension dans cette période qui mène à la Pentecôte. Cliquez pour écouter et voir notre Évêque…
L'Ascension, c'est pour nous chrétiens une expérience d'adieu au Ressuscité, qui rejoint le Père et nous annonce la venue de l'Esprit Saint. Durant cette période de dix jours qui nous sépare de la Pentecôte, nous sommes invités à nous unir aux apôtres et à la Vierge Marie pour demander d'accueillir l'Esprit Saint. Et si le temps du confinement est très long, nous devons savoir que c'est en ces moments d'épreuve que surgit quelque chose d'insoupçonné...

 
Message de Mgr Harpigny
pour les enfants et les familles
 
pour les catéchumènes et les confirmands
 
La crise sanitaire et les mesures de distanciation physique qu'elle implique ont des conséquences sur les célébrations des sacrements de l'initiation chrétienne. Mgr Harpigny, compréhensif, appelle familles, jeunes et adultes à la confiance.
 Dans notre diocèse, plusieurs centaines de familles se préparaient à célébrer la première communion ou la confirmation d'un enfant au cours de ce temps pascal. D'autres, des adultes et des adolescents, aspiraient après parfois un très long cheminement à recevoir le baptême, la confirmation et à communier au Corps du Christ pendant la veillée pascale. D'autres encore attendaient d'être confirmés au cours d'une eucharistie du temps pascal ou lors de la vigile de Pentecôte.
Les dates retenues au calendrier ont toutes été annulées, comme d'ailleurs tous nos rendez-vous ou autres rencontres prévues ce printemps. Pour toutes les personnes concernées, catéchumènes, confirmands, enfants et familles ou communautés chrétiennes, ce report - par ailleurs tout à fait compréhensible - est une déception dans un contexte déjà bien éprouvant.
Pour les encourager, Mgr Harpigny a souhaité venir à leur rencontre grâce à deux capsules vidéo que vous pourrez visionner en cliquant sur les boutons ci-dessous !
La première vidéo reprend le message destiné aux enfants et parents :
La seconde vidéo reprend le message destiné aux catéchumènes et confirmands adolescents et adultes :
 
 
Très bon temps pascal à toutes et à tous !



Prier avec Marie pour la venue du Saint-Esprit
 
Neuvaine de Pentecôte 2020
 
 
Le Pape François invite les fidèles à prier le rosaire au mois de mai. Cette prière simple reprend les moments centraux de la vie de Jésus et de Marie. En ce temps de crise du coronavirus, nous prions spécialement pour ceux qui souffrent et pour ceux qui aident à soulager cette souffrance. Les Évêques se joignent à l'appel du Pape François et recommandent également les deux prières jointes par le Pape à son appel (avec référence à leur localisation sur Cathobel/Kerknet).
 
Les derniers jours du temps de Pâques, entre l'Ascension et la Pentecôte, sont particulièrement propices pour prier pour la venue du Saint-Esprit en union avec Marie. Il nous faut prier pour obtenir la lumière et la force de l'Esprit pour tous ceux qui aspirent à la guérison, à la solidarité et à la paix entre les peuples. Les Évêques belges appellent donc les fidèles pendant la neuvaine de Pentecôte, à être assidus à la prière personnelle ou en famille, comme les Onze autrefois avec la Mère de Jésus dans la chambre haute (cf. Actes 1, 14).
 
Durant les neuf jours de préparation à la Pentecôte, la prière peut prendre différentes formes. Le Renouveau charismatique catholique et la Commission Nationale Catholique pour l'œcuménisme offrent de précieuses suggestions. Cathobel et Kerknet offriront également des pistes de prière et de réflexion. Voir en particulier :
 

 
La Conférence des Évêques de Belgique - 12 mai 2020
 
(Illustration : Macha Chmakoff, Pentecôte, 81x65)
 
 
 
UN MOT DU CURE…
 
Heureuse Fête de Pâques


« Puisque, une fois encore Seigneur,
non plus dans les forêts de l'Aisne, mais dans les steppes d'Asie,
je n'ai ni pain, ni vin, ni autel, je m'élèverai par-dessus les symboles
jusqu'à la pure majesté du Réel,
et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l'autel de la Terre entière,
le travail et la peine du Monde… »
(Pierre Teilhard de Chardin, La Messe sur le Monde, extraits)
 
Que le Christ ressuscité vous rejoigne tous et toutes,
malades et familles…
et vous tous engagés au service de la vie…
qu’il vous prenne par la main,
qu’il vous sorte de vos tombeaux,
qu’il vous conduise à la Vie…
Abbé Patrick Willocq


 
Tenir d’une main la main du Père,
et de l’autre, cueillir des fraises
et des mûres…
 
Funérailles de Sr Nicole Pecquereau
 
Leuze – 20 mai 2020 – Homélie (extraits)

Sœur Nicole nous a quittés ce 15 mai pour rejoindre Celui qu’elle avait aimé et servi durant tant d’années…
Bien sûr ! La maladie contre laquelle elle luttait depuis trois années nous préparait à ce moment, et l’aggravation de ces derniers jours nous invitait de plus en plus à envisager ce moment de son départ… Ce départ, vous m’avez dit, Sr Nicole l’a vécu avec la pleine conscience de ce qui passait, de ce qui se préparait : « On est parti me préparer une demeure et je suis Jésus qui est le chemin », vous disait-elle il y a quelques jours…
Et si Sœur Nicole a ainsi pu vivre son grand passage de façon sereine, c’est sans conteste d’abord parce que vous l’avez accompagnée jour après jour, heure après heure… parce qu’elle a pu vous revoir et avoir avec chacun/e un dernier moment… J’ai aussi eu cette chance quand je lui ai téléphoné au début de la semaine : sa voix était déjà très faible, à peine audible au téléphone, mais elle entendait, elle comprenait et ses dernières forces lui ont permis de me dire quelques mots, un murmure plutôt : « je prie pour… » J’ai compris : « je prie pour vous »… car, si Sr Nicole a pu accomplir ce passage dans la paix, c’est aussi parce qu’elle avait une confiance sans borne en ce Dieu d’amour qu’elle rejoint aujourd’hui… C’est peut-être cela, le grand trésor de Sr Nicole, le secret de toute sa vie qu’elle a résumé en quelques mots à sa communauté lors de la fête de Pâques, quand elle vous disait : « Je ne serai pas déçue d’avoir cru à l’Amour ! », ces mots que vous avez choisis comme exergue pour son faire-part de décès.
Une foi confiance en ce Dieu à qui elle avait fait le choix de se donner et, à travers lui, de vivre le don de soi aux autres à travers son double engagement dans la vie religieuse chez les Sœurs Salésiennes de la Visitation et dans une vie consacrée aux jeunes dans l’univers de l’enseignement et de l’éducation…
Une vie toute donnée à Dieu
Nicole Pecquereau va naître un 05 décembre 1935, à Velaines, la veille de la… St-Nicolas qui peut-être décidera de ce nom qu’elle portera toute sa vie…
Velaines, c’est aussi ce petit village pas très loin de cette maison de la Visitation à Celles où elle entrera 20 années plus tard, le 02 février 1956 : Nicole venait se présenter à ce Dieu en qui elle croyait pour entrer à son service au sein de la grande famille salésienne : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur sans aller en paix… » C’étaient les mots de l’Évangile qu’elle entendait ce jour-là, fête de la Présentation du Seigneur ou comme l’on disait alors, de la Purification de Marie… des mots qui lui ouvraient un chemin, un chemin de vie dans une réponse confiante à l’appel du Seigneur… Et pendant 64 ans, Sr Nicole va marcher dans la paix sur ce chemin à la suite du Christ Jésus, dans sa vocation de religieuse salésienne…
Car sa vocation, Sr Nicole va la vivre à la suite du Christ Jésus bien sûr, mais aussi sous l’éclairage de St François de Sales… En réponse à mon mail qui annonçait le décès de Sr Nicole, le vicaire épiscopal Michel Vinckier me répondait : une « vraie ‘fille’ de saint François de Sales qu’elle aimait beaucoup… » et le vicaire épiscopal Philippe Vermeersch que j’avais également informé, me répondra : « Elle partageait avec enthousiasme l'esprit de saint François de Sales qu'elle vivait au milieu de nous, comme une grande sœur, à Leuze… » Sr Marie-Renilde, comme responsable régionale, nous a rappelé tout à l’heure cette vie de Sr Nicole… […] Que de voix pour rendre témoignage de la richesse de cette vie, de sa fécondité… Ces derniers jours, combien de ses anciennes de toutes les générations, combien d’amis, combien de personnes avec qui elle a fait un bout de chemin… ont voulu lui dire quelques mots une dernière fois, ont voulu lui rendre témoignage… On ne compte pas les fruits d’une telle existence placée sous le signe de la générosité et du don de soi… une vie placée sous le signe de l’Évangile, cet Évangile que vous avez choisi pour elle en ce jour : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi », dit Jésus, « c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure… » (Jn 15, 12-17). En particulier dans ces communautés salésiennes en lesquelles Sr Nicole aura à assumer différentes responsabilités… Jusqu’au bout d’ailleurs, me disiez-vous, elle restera attentive à sa communauté […].
Finalement, Sr Nicole accomplit l’enseignement de celui qu’elle avait choisi comme guide en entrant chez les Salésiennes, St François de Sales, lorsqu’il écrira l’un de ses enseignements les plus célèbres : « Le monde est né de l’Amour, il est soutenu par l’Amour, il va vers l’Amour et il entre dans l’Amour ». Aujourd’hui, Sr Nicole, née de l’Amour, soutenue par l’Amour tout au long de sa vie et de sa maladie, a marché vers l’Amour à travers sa vie parmi vous et aujourd’hui, entre dans l’Amour qui est le cœur de Dieu où reposent tous ses enfants pour l’éternité… Avec elle, nous pouvons ainsi être convaincus de cette affirmation de St Paul que nous entendions tout à l’heure : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ?... Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur… » (Rm 8, 35a.39b) Oui, une vie toute donnée à Dieu…
 
Une vie consacrée aux jeunes aussi, dans l’univers de l’enseignement et de l’éducation.
En effet, tous ici, nous pensons évidemment aux années que Sr Nicole, munie d’un diplôme en sciences de l’éducation, passera comme enseignante à l’École Normale sans pour autant négliger son rôle d’éducatrice, notamment comme surveillante d’internat… léguant ainsi un souvenir beau et enthousiaste auprès de nombreuses générations d’étudiants aujourd’hui adultes et qui ont manifesté abondamment leur sympathie ces derniers jours…
On peut également penser aux nombreuses années passées dans la mission difficile du discernement au Service National des Vocations, accompagnant là encore des jeunes en recherche dans la perception d’un appel de notre Seigneur…
Ainsi, la jeunesse avait toujours croisé le chemin de vie de Sr Nicole ; avec ce chemin de vie qui a été le sien, elle a permis à beaucoup de trouver le leur et de s’y avancer avec confiance… Et c’est là que Sr Nicole se plaisait à jouer son rôle d’éducatrice : non pas quelqu’un qui impose, non pas quelqu’un qui oblige, mais quelqu’un qui montre un chemin et suscite la confiance auprès celui ou celle qu’il invite à y avancer… Dans son Introduction à la vie dévote, St François de Sales écrit : « Ce sont les grands feux qui s’enflamment au vent, mais les petits s’éteignent si on ne les y porte à couvert ». Sr Nicole avait bien compris cela, et combien de fois n’a-t-elle pas mis à couvert ces petits feux de brindilles qu’elle avait pu discerner chez un tel ou une telle ?... Le grand brasier se débrouillera toujours bien, on ne doit pas trop s’inquiéter pour lui, mais le petit feu, c’est lui qui a besoin que l’on s’occupe de lui, et Nicole Pecquereau en avait fait sa mission et sa joie […]
 
Tenir d’une main la main du Père et de l’autre, cueillir des fraises et des mûres…
Aujourd’hui, les circonstances font que nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie des funérailles… Pourtant, je crois que nous sommes ici quand même pour « faire eucharistie », pour rendre grâce à notre Dieu pour la vie de Sr Nicole et la déposer entre les mains de Dieu…
Depuis le début du confinement que connaît notre pays, j’ai souvent cité cette phrase extraite de La Messe sur le Monde de Pierre Teilhard de Chardin : « Puisque une fois encore, Seigneur […] je n’ai ni pain, ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière, le travail et la peine du monde… »
Aujourd’hui, sur l’autel de sa vie, nous offrons le travail et la peine que Sr Nicole a donnés sans compter dans la famille salésienne, dans les communautés où elle a vécu, dont elle a reçu la responsabilité, au cœur des lieux d’enseignement et d’éducation où elle est passée… le travail et la peine que Sr Nicole a dépensés sans compter au milieu de nous tous…
Oui ! rendre grâce pour ce que Dieu a fait en elle et par elle, car notre Dieu n’est pas un magicien qui claque des doigts pour réaliser les rêves les plus fous… Non ! il est un Dieu qui passe, qui veut passer par nous pour réaliser son projet de bonheur pour tout humain en ce monde… Nous sommes les outils dont notre Dieu use pour créer un monde de bonheur… dont notre Dieu use pour permettre à chacun de découvrir sa Terre promise de bonheur… Dans le grand atelier de Dieu, là où il range tous ses outils nécessaires à l’édification de ce monde de bonheur, Sr Nicole avait sa place et l’une des plus belles, l’une des plus prolifiques… Elle savait se laisser guider par ce Dieu en qui elle croyait pour aller là où il le voulait – près de vous tous – pour y tracer un chemin de vie et vous donner la chiquenaude pour y avancer… et lui, Dieu, savait pouvoir compter sur elle…
Sœur Nicole avait découvert le visage de Dieu dans votre visage à chacun, chacune… dans ces visages d’adolescents ou de jeunes adultes qu’elle a accompagnés dans la vie…
Une fois encore, Sr Nicole avait mis à profit l’enseignement de St François de Sales, quand il disait : « Faites comme les petits enfants qui de l’une des mains se tiennent à leur père, et de l’autre cueillent des fraises ou des mûres le long des haies… » Sr Nicole n’a cessé de tenir la main de notre Père tout en cueillant parmi vous tantôt une fraise tantôt une mûre, en tout cas un fruit beau et bon qu’elle a lancé sur la route de la vie comme le Semeur lance une graine d’avenir […] Chacun d’entre vous sait ce que Sr Nicole lui a donné… Aujourd’hui, Sœur Nicole continuera ce qu’elle a fait durant toute sa vie : elle priera pour nous… pour que nous apprenions à vivre une vie donnée, abandonnée… Toute la vie de Sœur Nicole fut ainsi « eucharistie ». Maintenant, une Eucharistie sans fin s’ouvre pour elle : parce qu’elle a dit « oui » à son Seigneur et parce qu’elle a accompli le plan d’amour de Dieu sur elle en se donnant à l’image de Jésus, Sœur Nicole arrive au bout du chemin et pour elle, résonnent à nouveau les mots du jour de son « Oui » : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ta servante s’en aller dans la paix… », et la boucle sera bouclée… Amen !
 
*
Et voilà : nos églises sont prêtes pour la reprise…
 
Comme vous avez pu le lire au début de cette « Chronique », les célébrations des funérailles sont à nouveau autorisées dans les églises (30 personnes maximum, en respectant les normes de distanciation) ; il s’agit actuellement d’une liturgie de la Parole (pas d’Eucharistie), sans démar-che d’offrande ni distribution d’images souvenirs et sans échange de condoléances dans l’église.
Les célébrations de mariage sont également autorisées dans les églises avec les mêmes conditions : 30 personnes maximum, respect des normes de distanciation sociale…
Par contre, les eucharisties dominicales et en semaine ne sont pas encore autorisées ; les baptêmes ne sont pas autorisés non plus pour le moment. On espère que cela ne tardera plus…
Les églises de Blicquy, Chapelle-à-Oie, Grandmetz, Leuze, Pipaix, Thieulain, Tourpes et Willaupuis ont été préparées suivant les consignes qui nous ont été données par les services de l’Evêché de Tournai :
* la superficie disponible aux fidèles a été mesurée de façon à estimer combien de personnes le bâtiment peut accueillir suivant la norme gouvernementale « 1 personne par 10m²»
* des chaises ont alors été disposées en fonction du nombre obtenu dans le calcul qui précède, avec un maximum de 30 chaises comme cela est exigé actuel-lement
* un espace d’1,5m a été dégagé entre toutes les chaises selon la norme de distanciation sociale en vigueur
* du gel hydro-alcoolique est également prévu à l’entrée pour que toute personne qui entrera pour une célébration puisse se désinfecter les mains en entrant
* le nettoyage des chaises après chaque célébration est également prévu.
* toutes les chaises en surplus ont été mises de côté de façon à les rendre indisponibles
* une affichette a été apposée sur la porte rappelant ces consignes.
Un grand merci à celles et ceux qui ont travaillé à préparer ainsi nos églises de façon à les rendre opérationnelles immédiatement.
Voici ce que cela donne  :
 
NB : L’église de Chapelle-à-Wattines est toujours fermée suite aux chutes de débris à l’intérieur ; nous sommes en attente d’une analyse sanitaire du bâtiment et ensuite des travaux qui seront jugés nécessaires. La chapelle de Vieux-Leuze faisant partie de l’Hôpital psychiatrique, il faudra attendre la levée des mesures strictes concernant les bâtiments dévoués aux soins de santé (hôpitaux, maisons de repos…) avant de pouvoir y retourner. Le bâtiment de Gallaix est désaffecté et donc ne sera plus un lieu dévolu aux célébrations.
Bon dimanche !
 
Abbé Patrick Willocq
 Amour qui planais sur les eaux
Et les berças du premier souffle,
Nos âmes dorment ;
Prends-les d’un battement nouveau
Qui reflue au Christ vers leur source
Pour déborder parmi les hommes.
 
Tu es cette voix qui gémit,
Dans les douleurs de notre monde,
Le nom du Père ;
Mais en retour, tu as aussi
La voix apportant sa réponse :
L’Amour de Dieu couvre la terre.
 
Tu es la genèse en tout temps,
Tu es le vent qui crie naissance
À l’âme obscure ;
Tu nous engendres du dedans,
Tu fais tressaillir le silence
Au fond de toute créature.
 
Amour descendant aujourd’hui,
Viens agiter les eaux enfouies
De nos baptêmes,
Qui de la mort de Jésus Christ
Nous font resurgir dans sa vie :
Tout est Amour dans l’Amour même.
 
Patrice de La Tour du Pin - CNPL
Repris dans la Liturgie des Heures – Hymne du matin pour la Solennité de la Pentecôte
À écouter
 

 

NOUS PORTERONS DANS NOTRE PRIERE

« L'Eglise catholique de Belgique suspend aussi les baptêmes et mariages religieux :
Les autorités civiles ont pris des mesures plus restrictives contre le Covid-19. Seules les funérailles en cercle restreint sont possibles. Les baptêmes et mariages religieux ne sont plus autorisés, même en cercle restreint. »
J’examinerai chaque situation avec la famille concernée de façon à trouver une nouvelle date qui convienne au plus grand nombre.
Abbé P. Willocq

Baptêmes
Vu les circonstances et les mesures prises, la célébration est reportée par les parents à une date qui sera communiquée plus tard.

Mariages
Vu les circonstances et les mesures prises, la célébration est reportée par les fiancés à une date qui sera communiquée plus tard.
 
Funérailles
- Sœur Nicole Pecquereau demeurait à Leuze. Ses funérailles ont été célébrées en l’église de Leuze le mercredi 20 mai.
- Monsieur Victor Defranne demeurait à Thieulain. Ses funérailles ont été célébrées en l’église de Thieulain le vendredi 22 mai.
Aux proches, nous redisons toute notre sympathie dans la foi et l’espérance de l’Évangile.
Vu les circonstances et les mesures prises, la célébration de la « Messe du mois » est annulée ; l’intention prévue pour les défunts du mois est reportée au mois suivant.
Aux proches, nous redisons toute notre sympathie dans la foi et l’espérance de l’Evangile.


Intentions de prière pour notre semaine
 
 
+ Seigneur Jésus, toi qui pries pour les hommes… Nous te prions pour ton Église et pour ses pasteurs, le pape, les évêques et les prêtres qui ont la mission de révéler le vrai visage de Dieu à tous les hommes…
 
+ Seigneur Jésus, toi qui as été élevé dans la gloire du Père… Nous te prions pour notre monde : donne aux baptisés d’être le levain dans la pâte en faisant découvrir la Bonne Nouvelle de ton Evangile dans tous les lieux de la Société…
 
+ Seigneur Jésus, toi qui as vaincu la mort… Nous te prions pour tous ceux qui souffrent et peinent, pour tous ceux qui te cherchent, pour tous ceux qui désespèrent : permets que ta lumière de vie et de paix puisse naître dans le cœur de tous les hommes…
 
+ Seigneur Jésus, nous te prions pour tous les baptisés, pour nos communautés paroissiales, pour tous leurs membres, empêchés de se rassembler en ta présence aujourd’hui… Nous te prions en particulier pour tous les jeunes qui devaient te découvrir à la Fraction du Pain et te recevoir dans ton Corps et ton Sang, en ces jours où normalement devaient se célébrer les « Premières Communions ». Nous te le demandons pour eux : viens les rejoindre sur leurs chemins de vie… reste avec eux, Seigneur ; ils ouvraient leur cœur d’enfant pour te recevoir… rejoins-les déjà en attendant ce moment où ils s’approcheront enfin de ton Autel…  Nous te confions


 
 
+ Seigneur Jésus, nous te prions pour tous les jeunes qui, en ces jours où l’Église célèbre le don de l’Esprit Saint, se préparaient à vivre cette étape ultime de leur Initiation chrétienne, ce moment où ils allaient faire Profession de Foi dans l’Église, recevoir le Sacrement de la Confirmation et celui de l’Eucharistie source de vie chrétienne. Nous te le demandons pour eux : viens déjà les rejoindre sur leurs chemins de vie… reste avec eux, Seigneur ; ils ouvraient leur cœur d’enfant pour recevoir la force de l’Esprit et vivre selon l’Évangile… Rejoins-les déjà en attendant ce moment… Nous te confions


 
 


L’Art qui conduit à la Transcendance
 
Une image pour nous guider : La « Prière sacerdotale » de Jésus
 
Eugène BURNAND
(1850-1921)
La prière sacerdotale
1900-1918, Huile sur toile, 190 x 370 cm
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
 
Chaque année, le dimanche entre l’Ascension et la Pentecôte, le 7ème Dimanche du Temps pascal, nous entendons un extrait du chapitre XVII de l’Évangile selon saint Jean (voir commentaire plus haut), chapitre parfois appelé « Prière d’adieux de Jésus » ou encore « Prière sacerdotale de Jésus ». Je reconnais que je n’espérais pas trouver d’œuvre d’art associée à cette péricope johannique, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir cette œuvre d’Eugène Burnand…
 
Qui est ce peintre naturaliste ?
Né à Moudon, Eugène Burnand (1850-1921) est l’un des artistes suisses les plus célèbres dans son pays et en France vers 1900 (Photo à gauche : Autoportrait de 1915). Comblé d’honneurs, il est aussi l’un des plus cosmopolites, partageant sa vie entre la Suisse, Paris, la Provence et l’Italie. Il fait ses études à l’École des Beaux-Arts de Genève puis travaille dans l’atelier de Gérôme à Paris. Dès la fin de sa formation, Eugène Burnand est l’un des seuls peintres suisses qui peut vivre de sa peinture et de son art. Il voyage beaucoup selon le travail qui lui est donné mais il revient très fréquemment dans la région de Moudon.
 
À ses débuts parisiens, en 1872, il pratique le dessin de presse et la gravure pour l’édition de luxe, et se spécialise dans l’art animalier. Il excelle bientôt dans les scènes rurales, la peinture de paysage, de portrait, avant de s’orienter vers l’histoire et l’art religieux. Fasciné par le rendu réaliste du monde, animé par de fortes convictions, Eugène Burnand est une figure majeure de l’art naturaliste à travers ses œuvres les plus connues : Le Taureau dans les Alpes de 1884 (photo à droite), La Fuite de Charles le Téméraire de 1895

 
 
 
Quelques dates-clefs de sa vie artistique :
1850, 30 août : naissance de Charles-Louis-Eugène Burnand.
1871 : École des Beaux-Arts de Genève avec Barthélémy Menn.
1872 : École des Beaux-Arts de Paris avec Jean-Léon Gérôme.
1876 : première collaboration à la revue L’Illustration ; elle durera plus de quarante années.
1881, 7 mars : première rencontre avec Frédéric Mistral.
1883, décembre : parution de la première édition illustrée du texte original du poème de Mirèio-Mireille chez Hachette.
1884 : peinture Taureau dans les Alpes (200 x 270 cm).
1893, 1er janvier : reçoit la distinction de Chevalier de la Légion d’honneur.
1895 : peinture La Fuite de Charles le Téméraire (340 x 560 cm).
1901 : peinture La Prière sacerdotale (186 x 368 cm).
1904 : membre du jury de l’Exposition nationale suisse des beaux-arts à Lausanne.
1912, 9 juin : inauguration des vitraux dessinés par Eugène Burnand pour l’église de Herzogenbuchsee.
1916 : peinture Le Labour dans le Jorat (270 x 630 cm).
1921, 4 février : décès à son domicile parisien. Ses obsèques sont célébrées successivement à l’église du Luxembourg à Paris, au temple paroissial de Moudon et à Vulliens où il sera inhumé.
( : Musée Eugène Burnand)
 
La pensée de Burnand et son modèle, Fra Angelico
Burnand a toujours ambitionné de s’attaquer au texte sacré : « J’ai des projets incommensurables touchant presque tous à la peinture religieuse », écrit-il en 1875. Deux ans plus tard, en Italie, les fresques de Fra Angelico le confirment dans cette voie : « C’est décidément la peinture vraiment religieuse qui me retient le plus ; je ne cherche plus que l’idée et l’expression, moi qui il y a peu de temps ne voyait que l’effet […]. »
Cette vocation première prend d’abord le détour de la peinture de genre avec l’Intérieur d’église en 1875, L’Angélus en 1876, La Promenade du soir au couvent en 1877 (photo ci-dessous) et Au couvent en 1878 (…).
La voie de l’art religieux passe aussi par l’illustration, domaine dans lequel le jeune artiste s’est fait une solide réputation. En 1893, il propose à Hachette une illustration de l’Ancien Testament « aussi documentée, exacte et historique que le permettent les don-nées actuelles de la science ». La réponse négative de la maison parisienne l’incite à se tourner, en novembre 1894, vers l’éditeur lausannois Georges Bridel, auquel il tient tout un discours sur l’innovation et la contemporanéité de son projet : « Je suis convaincu que l’heure est venue de remplacer les créations plus ou moins conventionnelles, parfois enfantines, souvent franchement inacceptables des anciens illustrateurs, par une reconstitution absolument fidèle, historique et scientifique de notre grand passé religieux. Je suis le premier à admirer hautement les compositions classiques des grands maîtres italiens […]. J’éprouve aussi une vive admiration pour les compositions si vivantes, si ingénieuses, si humaines au sens le plus élevé du mot de Holbein […]. Schnorr [von Carolsfeld] également est à mes yeux un très puissant interprète des livres saints. Mais tout cela demeure de la pure convention et ne saurait suffire à notre époque critique et exacte. » Burnand déclare s’attacher à la « reconstitution exacte des scènes, des personnages et des milieux bibliques, consacrant en quelque sorte leur absolue authenticité. Puisque Dieu a désigné une certaine époque et une contrée particulière pour servir de cadre à l’histoire de son peuple d’élection, il n’y a aucune raison, en dehors de l’ignorance ou de la naïveté de nos ancêtres, pour ne point tenir compte de ce fait qui a certainement sa haute signification ».
Derrière ces lignes se profile le débat lancé lors de la parution de La Vie de Jésus d’Ernest Renan en 1863. Ce livre a connu de nombreuses éditions, dont une, dite populaire, de grande diffusion dès 1866, dans laquelle l’auteur, banni du Collège de France, rappelle qu’il s’est employé à « tracer une image » d’un Jésus historique : « Pour être historien, j’avais dû chercher à peindre un Christ qui eût les traits, la couleur, la physionomie de sa race. Cette fois, c’est un Christ de marbre blanc que je présente au public, un Christ taillé dans un bloc sans tache […]. » Voici donc posés les deux pôles de la représentation par rapport auxquels les peintres de l’« après-Renan » doivent faire des choix.
Burnand opte pour une voie moyenne en prenant quelque distance face à une attitude purement historique et ethnographique :« Cependant, il ne faut pas se dissimuler que le souci de l’exactitude peut devenir un piège pour l’illustrateur étant aisément entraîné à lui sacrifier la vision supérieure des choses, celle qui élève les faits, les personnages, les paysages même au-dessus de la vérité immédiate, pour leur donner un caractère typique et éternel. C’est sous le double empire de la réalité scrupuleusement consultée et de la vision idéale que l’artiste chargé d’illustrer l’Ancien Testament devrait aborder son sujet. »
Burnand n’est évidemment pas le seul à revendiquer une telle approche. Son idée de mettre en image l’Ancien Testament est alors stimulée par les dessins de l’édition de la Vie de notre Seigneur Jésus-Christ, que le peintre franco-anglais, James Tissot, vient d’exposer au Salon (photos ci-dessus et à gauche) : « tout cela m’a si profondément remué que les pensées, les projets, les ambitions plus hautes et plus saintes, ont jailli de mon cœur comme le jeune blé dans la terre fraîchement labourée […]. Figure-toi mon rêve réalisé en tous points. La vie de notre Sauveur reconstituée dans l’absolue fidélité des types, des costumes, des milieux et t[ou]t cela pénétré d’une telle ardeur de conviction – si profondément humain et vivant, fait de larmes d’humilité et d’amour. Il y a là 100 pages qui sont 100 chefs-d’œuvre. » Une phrase résume le sens de cette révélation : « La peinture religieuse est retrouvée.» Voilà qui l’incite à quitter le genre animalier et paysager, rentable en termes économiques, pour le grand art, plus prestigieux, mais aussi plus risqué : « Q[uel]que chose bout en moi, qui me fait voir des horizons nouveaux sans vaches et sans moutons… Il me semble que j’ai autre chose à dire, et déjà la réalité pour la réalité, me paraît pauvre et sans intérêt. […] je me dis que la grande peinture exige autre chose que la simple réalité […].»
 
Quelle est la situation de l’art religieux au moment où Burnand prend cette décision ?
En deux mots, on peut dire que le secteur tend à se polariser dans le contexte d’un renouveau religieux qui affecte non seulement la peinture, mais encore l’architecture, les arts graphiques, monumentaux et liturgiques. Positions confessionnelles et positions esthétiques se recoupent le plus souvent, bien que leurs conditions d’exercice varient considérablement entre la France et la Suisse où les débats sur la séparation de l’Église et de l’État font rage. En France, avec la perte de l’Alsace Lorraine, la population réformée représente moins de deux pour cent de la nation, tandis que la Suisse romande est demeurée le foyer d’un protestantisme dominant au sein des institutions politiques et culturelles. Des liens économiques et familiaux étroits se sont tissés à travers les frontières depuis la Réforme et le Refuge huguenot. Le parcours de la famille Burnand apparaît réglé par la géographie confessionnelle de la France, car l’artiste noue des contacts réguliers, amicaux, familiaux et professionnels, dans les trois zones où les protestants représentent une forte minorité, soit à Paris, dans le Sud de la France et en Lorraine, à Nancy plus précisément.
La multiplication des constructions religieuses dans les cantons helvétiques à majorité catholique suscite un renouveau des arts monumentaux, sans équivalent véritable dans le décor réformé qui repousse traditionnellement les images et la couleur au profit du Verbe, et du noir et du blanc. La religion, parmi les artistes de Suisse romande, trouve d’autres vecteurs artistiques. Elle s’exprime avant tout dans la peinture de genre (Raphaël Ritz, Albert Anker ou Ernest Biéler), dans les œuvres symbolistes (Carlos Schwabe), et parfois dans la peinture de paysage symboliste (Ferdinand Hodler, Albert Trachsel ou Alexandre Perrier). Plusieurs confrères de Burnand (Anker, Hodler, Steinlen ou Robert) sont mus par des convictions protestantes affirmées. Certains ont fait des études de théologie (Anker ou Steinlen), d’autres ont vécu des crises religieuses qui les ont presque conduits à renoncer à l’art pour une carrière pastorale.
Burnand, lui, rêve de réactualiser l’art de Fra Angelico, l’artiste modèle admiré de tous, catholiques et protestants (Photo : Fra Angelico, Le Christ en croix, vers 1437). Il veut montrer que le naturalisme peut être porteur d’un message spirituel à la fois contemporain et universel, et qu’il appartient de plein droit à la peinture : « Je viens de passer une heure au couvent de St Marc en compagnie de Beato Angelico. Jamais je n’ai eu plus clairement la vision de ce que doit être l’art chrétien. Jamais je n’ai pénétré plus en avant dans l’intimité des scènes et des sentiments évangéliques, qu’en face de ces œuvres manifestement inspirées dont tout le caractère est en conformité si évidente avec l’esprit de la révélation. Il y a eu des manifestations d’art plus grandioses, plus somptueuses, plus étincelantes parmi celles qui ont glorifié la Beauté extérieure, la vie, les apparences, il n’y en a jamais eu de plus religieuses, de plus spécifiquement chrétiennes si bien que dans cet humble couvent aux cellules sombres j’ai eu comme la sensation que passait le son doux et subtil de l’Esprit. J’en suis sorti convaincu plus que jamais que, si Dieu me conserve encore à l’art, je dois me donner de plus en plus complètement à la peinture religieuse. Peut-être Dieu m’a-t-il fermé la porte des commandes officielles “fédérales” parce qu’il m’attendait dans un autre domaine.»
 
Mais quel visage donner au Christ ?
Depuis les Vies de Vasari[1] en 1550, qui montraient un Léonard tourmenté par le visage du Christ dans sa Sainte Cène, la confrontation entre l’artiste et ce modèle idéal fait figure de topos. Dans la vie et l’œuvre de Burnand, ce face-à-face occupe une place centrale. La figuration de Jésus va l’obséder au même titre que Lavater en quête, dans son Essai de physiognomonie, de celui qui doit incarner la perfection humaine.
Avec L’Homme de douleur (photo à gauche), achevé en 1899, le peintre protestant entre dans le vif du problème. En donnant corps à celui qui est un idéal de conduite (« divin dans son expression, doux et humble de cœur notre frère »), il tente de surpasser le Christ qu’il juge exemplaire, peint par son camarade catholique et anti-dreyfusard, Dagnan-Bouveret, dans sa récente Sainte Cène (1895) (photo ci-dessous). Burnand découvre d’abord son modèle en la personne d’un Écossais au visage ascétique : le chiffonnier Diswarth, qui « a connu lui-même dans sa carrière tourmentée de révolutionnaire, déporté puis amnistié, de déclassé famélique, toutes les douleurs humaines ».

 
 
Burnand trouve ensuite sa « vision personnelle » en faisant poser Diswarth contre un mur, « spectacle absolument inédit », exprimant « d’une façon inédite la solitude morne de cette agonie morale ». « C’est de la vision directe d’un effet vrai, d’un fait réel qu’est sortie cette œuvre », résume-t-il. Le peintre s’emploie ensuite à « éliminer de son visage tout ce qui procède d’une humanité coupable d’effacer aussi quelques traces de vulgarité ».
 
La prière sacerdotale
Alors qu’il réside en famille à Florence en 1900 et 1901, Burnand entreprend La Prière sacerdotale (photo ci-dessus), une toile monumentale qu’il veut démarquer des cenacoli[2] classiques (photo page suivante : Cenacolo d'Andrea del Castagno au couvent Sant'Apollonia) de Léonard, Rubens, Poussin, Fra Angelico, Ghirlandaio, Dürer, von Uhde ou Dagnan-Bouveret. « J’avais la prétention bien téméraire de rencontrer l’inédit dans une représentation toute simple, sans emphase et sans amplification du fait historique et d’en traduire la haute signification par le rendu des expressions. » L’artiste doit ainsi satisfaire à plusieurs exigences : à la vérité du texte (son sens théologique) et à la réalité des faits (leur scénographie), tout en renouvelant l’iconographie traditionnelle. À ces fins, il exécute une maquette en terre crue figurant le Christ assis et les disciples penchés vers lui pour recueillir sa Parole. Mais il ne trouve pas des traits suffisamment nouveaux.
 
C’est lors d’une soirée avec le peintre Robert que l’inspiration lui vient. Le récit de cette « vision » et de cette « invention » est exemplaire à tous points de vue : « Tout à coup, comme un trait de lumière, une inspiration me vient : “J’ai mon affaire”; Jésus s’est levé, les disciples se tiennent debout à ses côtés. Il prononce la Prière sacerdotale (Jean XVII). L’idée est accueillie avec transports; ce sujet n’a jamais été traité; la donnée en est infiniment solennelle, plus grave encore que celle de la Cène […]. Voilà le but clairement entrevu en une seconde que j’aime à croire inspirée… Il y a véritablement du surnaturel dans ce jet soudain qui fait apparaître l’œuvre entière en une claire vision… Mais là ne s’arrête pas l’intervention providentielle de Dieu. Déjà lors de mes recherches premières en vue de la Sainte Cène, il avait placé sur mon chemin le modèle (Arrighi) [un modèle florentin] qui devait me permettre de fixer la réalité vivante de mon Christ. […] Lorsqu’après l’avoir drapé de blanc, je le montrai, dans le corridor de notre maison, à toute la famille assemblée, ce fut un cri d’admiration unanime. Le modèle du Christ était trouvé, si bien approprié au sujet que j’avais à traiter, si parfaitement conforme à une vision intérieure, si franchement individuel en même temps que traditionnel dans son apparence générale que je pouvais considérer désormais mon entreprise comme dotée de son élément essentiel de réussite. »
Dans ce récit, l’inspiration du peintre rencontre la réalité. La vision intérieure s’objective dans un éclair providentiel, au sens étymologique de ce qui voit en avance, de ce qui prévoit et de ce qui pourvoit. Tout en n’osant prétendre à l’héritage direct de saint Luc, le patron visionnaire des artistes, Burnand se révèle animé par le désir de l’inspiration divine. Il se décrit d’ailleurs volontiers comme l’instrument d’une volonté qui le dépasse : « Je me dis aussi (et ceci est du domaine de la conscience intérieure) que Dieu a manifestement servi mon désir d’entreprendre cette œuvre, qu’il en a par tous les moyens facilité l’exécution, et qu’ainsi je puis opposer aux arguments contraires à la représentation du Christ l’autorisation du Seigneur Lui-même perçue en un témoignage intérieur concluant. » Cette « entreprise » repose ainsi sur une hypothèse qui permet à Burnand de concilier les enjeux proprement artistiques (l’innovation) et théologiques (l’inspiration). Peinture en acte et acte de foi s’avèrent indissociables à ses yeux. La notion d’« entreprise », elle, doit aussi être comprise au sens économique, car elle renvoie à l’éthique protestante du travail. Rappelons que pour Max Weber, « cette idée particulière si familière pour nous aujourd’hui, mais en réalité si peu évidente que le devoir s’accomplit dans l’exercice d’un métier, d’une profession [Berufspflicht], c’est l’idée caractéristique de l’“éthique sociale” de la société capitaliste ». Cette éthique de la vocation (en allemand le terme de Beruf souligne encore plus fortement l’idée que l’on est « appelé » à s’accomplir dans le travail) est inscrite dans l’éducation et dans la conviction de la rédemption possible par l’intermédiaire des bonnes œuvres et l’engagement chrétien dont la création artistique peut être le véhicule.
D’un point de vue calviniste, choisir c’est aussi être élu. Travailler et réussir, c’est faire son devoir et par conséquent rendre gloire à Dieu. Dans le cas de Burnand, cette éthique du travail lui permet d’inscrire sa vie, ses réussites comme ses échecs, dans une logique qui le dépasse : autrement dit, de subordonner à la logique d’un ordre supérieur les règles du champ artistique, règles dont il perçoit pourtant la rationalité. Cela lui permet notamment de justifier certains choix esthétiques. Par exemple, les figurations singulières du Christ choisies par Burnand ont soulevé nombre d’objections de la part des critiques issus des mondes religieux et artistiques. Une phrase du Liber veritatis[3] répond de manière apparemment tautologique ou pléonastique à ceux que gênent les yeux bleus du Christ. « Pourquoi des yeux bleus… me diton? Hé parce que… mon modèle avait les yeux bleus, complément naturel de sa barbe roussâtre et parce que le bleu est la couleur du ciel… » Burnand, en affirmant l’homologie entre le Christ et le modèle, signifie que tous deux incarnent une réalité supérieure que l’artiste a pour tâche première de restituer. Révéler la réalité, c’est réaliser sa vision.
 Mais sa quête du modèle idéal christique ne s’arrête pas là. En 1904, alors qu’il réside à Neuchâtel, le peintre rencontre un tapissier de la ville, un dénommé Perriraz : « “J’ai mon Christ”. C’est là une nouvelle rencontre providentielle », d’autant plus qu’ultérieurement le personnage s’avère être un chrétien convaincu. Burnand modifie le Christ de La Prière sacerdotale en conséquence : il le gratifie d’un front plus large, de joues plus creusées, d’yeux d’un bleu plus foncé. Même après le dépôt de l’œuvre au musée de Lausanne au printemps 1905, Burnand poursuit ses retouches, inlassablement. Il profite de l’exposition de la Société catholique de Saint Jean, au pavillon de Marsan à Paris, en automne 1911, pour reprendre complètement la tête de Jésus « qui avait, lors de retouches de 1904-1905, pris quelque chose d’impersonnel, de maladif, et d’artificiel. – Je diminue ensuite la longueur des cheveux ». L’année suivante, à Seppey, il poursuit ses travaux sur le visage. Enfin, au lendemain de la guerre, il emporte une dernière fois le tableau dans sa maison familiale et le métamorphose en s’aidant d’un troisième et dernier modèle : son fils, Franz, pasteur de son état, dont les traits viennent se fondre dans la toile sur la face de ce Christ de synthèse. La longue notice du Liber veritatis consacrée à cette œuvre se conclut sur ces lignes incantatoires : « aujourd’hui 13 août 1918 je mets la dernière main à cette cinquième et (espérons-le) ultime retouche à laquelle, dans sa bonté, Dieu m’a permis de 11 procéder. “Gloria in excelsis Deo”…»
  
 
(Source : Philippe Kaenel, Eugène Burnand (1850-1921): peintre naturaliste, Editions des Cinq Continents, Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, 2004, 256 p.
Extraits - Philippe Kaenel est professeur associé d’histoire de l’art contemporain à l’Université de Lausanne .)    
 
 
 
 
 
[1] Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (titre original en italien : Le Vite de' più eccellenti architetti, pittori et scultori italiani, da Cimabue insino a' tempi nostri).
[2] La liste des cenacoli de Florence recense les lieux ou les peintures à fresque sur le sujet de la Cène créées pour les réfectoires des couvents de la ville de Florence .
[3] Journal du peintre.


Quand la musique nous conduit aussi…

Jean-Sébastien BACH
(1685-1750)
Actus tragicus
 
« Gottes Zeit ist
die allerbeste Zeit… »
 
« Le temps de Dieu est
le meilleur de tous… »

 
 
 

Pour justifier un choix : Entre l’Ascension et la Pentecôte, cette « Prière sacerdotale » de Jésus à quelques heures de sa Passion : « Père, l’heure est venue… » L’une des plus belles pages de St Jean… et je voulais vous proposer cette cantate, parmi les plus belles, de Jean-Sébastien Bach : l’Actus tragicus[1]… Une musique toute en intimité… Je la dédie à toutes les victimes de cette crise sanitaire qui a dévasté tant de familles de par le monde…
 
 



Pour entrer dans l’œuvre…
 
Carte d’identité de l’œuvre
Genre
Musique sacrée
Texte  
Extraits de l’Ancien Testament, du Nouveau Testament et de chorals luthériens
Langue des textes
Allemand
Composition
         Probablement vers 1707-1708
Forme
Alternance de chœurs et de soli, organisée en quatre mouvements :
1) sonatina instrumentale
2) chœur - solo de ténor - solo de basse - chœur
3) solo d’alto - solo de basse
4) chœur
Instrumentation :
Voix : solistes (soprano, alto, ténor et basse) + chœur à quatre voix
Orchestre : 2 flûtes à bec, 2 violes de gambe et basse continue
 
Contexte de composition et de création
Le plus ancien manuscrit connu de la Cantate BWV 106 date de 1768, soit dix-huit ans après la mort de Johann Sebastian Bach. Le copiste en est Christian Friedrich Penzel, cantor de Merseburg, ancien chef de chœur à Saint-Thomas de Leipzig (où Bach exerce de 1723 à 1750) et l’un des derniers élèves de Bach, dont il a copié de nombreuses œuvres. On ignore l’origine du titre présent sur le manuscrit, Actus tragicus, et l’on sait peu de choses des circonstances de composition de l’œuvre.
Le style musical de la cantate permet de la dater de la jeunesse de Bach et de son séjour à Mülhausen (1707-1708).
Le titre et le choix des textes révèlent une musique composée pour des funérailles : peut-être celles d’un oncle de Bach du côté maternel, Tobias Lämmerchirt, mort en août 1707, ou encore celles de Dorothea Susanna Tilesius, la sœur du pasteur Eilmar, ami de Bach, décédée en juin 1708, voire celles d’un Adolph Stecker (septembre 1708), mais aucune hypothèse n’a jusqu’à présent pu être confirmée.
Cette cantate a été l’une des premières à connaître du succès auprès des musiciens et du public au XIXe siècle. En Allemagne, elle est éditée par Simrock, à Bonn, en 1830, et elle est fréquemment jouée, ainsi qu’en Autriche. En France, le compositeur César Franck la dirige en 1874. L’Actus tragicus est ensuite intégrée à la première édition complète des œuvres de Bach : la Bach-Gesellschaft-Ausgabe en 1876. Elle compte aujourd’hui parmi les œuvres les plus connues du compositeur.
 
Déroulé de l’oeuvre
1. Sonatina
Une sonatina instrumentale ouvre l’Actus tragicus et installe le climat serein de cette cantate. Les flûtes, tantôt à l’unisson tantôt entrelacées, se déploient sur la pulsation inexorable des violes et de la basse continue.
2. Chœur - arioso de ténor - aria de basse - chœur
Un vaste mouvement mêle ensuite chœurs et passages solistes. Le premier chœur (2a), tripartite, glose une citation des Actes des Apôtres. L’écriture vocale évoque musicalement le texte biblique :
      • d’abord une écriture essentiellement homosyllabique pour proclamer clairement la confiance en Dieu ;
      • puis un énergique fugato dans un tempo rapide (allegro) pour figurer la vie et le mouvement évoqués dans le texte ;
      • et enfin une troisième partie, plus lente (adagio assai) et plus sombre, qui traduit l’annonce de la mort.
Tout au long de ce premier chœur, des figuralismes soulignent les mots importants du texte : mélismes sur weben (mouvement), longue tenue sur lange (longtemps), dissonances expressives et chromatismes sur sterben (mourir).
Ce chœur enchaîne avec un arioso pour ténor (2b). La douce supplication de la voix se déploie librement sur un tapis instrumental structuré par un quasi-ostinato à la basse et le retour d’éléments mélodiques récurrents aux deux flûtes à l’unisson et aux deux violes.
Au ténor, répond la voix de basse (2c) dans une énergique aria (tempo vivace) accompagnée par les deux flûtes à bec à l’unisson et la basse continue. Les deux flûtes égrènent des arpèges en doubles croches sans presqu’aucune respiration, tandis que le chanteur illustre le contraste entre la mort et la vie par d’explicites figuralismes musicaux : mouvements descendants sur sterben (mourir), vocalises sur lebendig (vivant).
Enfin, un chœur vient clore ce mouvement (2d). Sur un rythme de croches allant (andante) et impassible à la basse continue, la tension entre la mort et la vie est exacerbée par le recours à deux types d’écritures musicales contrastées :
        • un contrepoint dans le style ancien (une fugue chantée par les trois voix graves du chœur)      exprime les paroles tirées de l’Ancien Testament rappelant l’inéluctabilité de la mort ;
        • une mélodie sensuelle et aiguë chantée par le soprano appelle la venue de Jésus, destiné à sauver l’homme de la mort, sur un texte venant du Nouveau  Testament, tandis que les instruments font entendre sous le chant la musique d’un choral luthérien
Fugue et solo alternent ou se superposent. Le mouvement se clôt par une émouvante vocalise du soprano, à découvert, sur le nom de Jésus, puis une mesure de silence au centre exact de la cantate.
 
3. Aria d’alto - arioso de basse
Après un silence, la seconde partie de la cantate met en musique la foi du chrétien en la rédemption divine dans la mort. Le troisième mouvement s’ouvre avec une aria pour voix d’alto (3a), sur les paroles du psaume 31. La voix est ici accompagnée par la seule basse continue, qui structure cette partie par la récurrence d’un motif musical expressif (gamme ascendante, balancement sur un demi-ton, cadence), et explore les tonalités les plus éloignées du ton principal de la cantate.
La voix de basse entre ensuite (3b) avec les paroles du Christ en Croix au brigand repenti, paroles de confiance puisque la mort est désormais un chemin vers le ciel, ce que soulignent la répétition et les vocalises sur le mot Paradies. En arrière-plan, les altos du chœur chantent, en valeurs longues, la première strophe du choral « Mit Fried und Freud », rejoints par les deux violes qui se répondent, alternant de courts motifs en imitations.
 
4. Chœur final
L’Actus tragicus se conclut avec la grande doxologie. Ce chœur final, qui rassemble toutes les voix et les instruments, est organisé en deux parties. Précédée par une brève section instrumentale qui rappelle la sonatina du premier mouvement, la première partie est un choral harmonisé à quatre voix : le texte est parfaitement audible, prononcé de manière homosyllabique, sur une mélodie que les fidèles connaissaient. Puis dans une deuxième partie, le dernier verset fait l’objet d’un fugato triomphant, dans un tempo rapide (allegro), d’abord à quatre voix et basse continue, rejoints par les flûtes et les violes doublant les voix. À la fin, on entend les sopranos énoncer la mélodie de choral en valeurs longues, en arrière-plan des vocalises jubilatoires des autres voix multipliant les Amen.
 
Voix et instruments
L’Actus tragicus est composé pour un chœur à quatre voix, deux flûtes à bec, deux violes de gambe et une basse continue : cette instrumentation est singulière dans l’œuvre de Bach et s’avère ici particulièrement adaptée pour exprimer les sentiments du chrétien face à la douceur de la mort. Violes et flûtes à bec sont en effet volontiers utilisées par les luthériens du début du XVIIIe siècle pour leurs musiques funèbres. Quant à la basse continue, son effectif varie en fonction des moyens et des choix des interprètes : d’un simple petit orgue accompagné d’une basse d’archet à des effectifs plus vastes incluant un orgue positif, un clavecin, un théorbe, une harpe, une contrebasse, un violone...
À cet ensemble instrumental, Bach confie deux belles pages, disposées au début de la cantate (la sonatina introductive) et au début du dernier mouvement. Les instruments se joignent aussi aux voix :
        • pour les doubler (le chœur 2a, le chœur final) ;
        • pour offrir un contre-chant, notamment aux solistes (l’arioso de ténor (2b), l’aria de basse (2c) où les flûtes intègrent ponctuellement un canon avec la voix...) ;
        • enfin, ils se superposent aux voix, pour faire entendre en arrière-plan un choral (2d), dont le texte, que les fidèles de l’époque pouvaient se remémorer en écoutant la mélodie, fait écho aux paroles de la cantate.
Le traitement des voix est tout aussi diversifié : de grandes pages chorales (2e et 4e mouvements) alternent avec les passages solistes. Bach adapte l’écriture vocale au sens du texte :
        • le timbre de la voix de basse convient aux paroles inspirées par Dieu (2c) ou prononcées par le Christ (3b) ;
        • la polyphonie en style ancien renvoie à l’Ancien Testament, quand la mélodie sensuelle et moderne du soprano évoque la venue de Jésus (le chœur 2d) ;
        • un traitement homophonique du chœur permet de rendre directement audible un élément clé du texte (le chœur 2a), quand des vocalises jubilatoires  célèbrent la confiance joyeuse du chrétien (l’Amen final, 4b).
 
 

(Source : Marie Demeilliez sur Philharmonie de Paris
 
Maîtresse de conférences en musicologie à l’Université Grenoble Alpes depuis septembre 2013, Marie Demeilliez est docteur en musicologie, ancienne pensionnaire de la Fondation Thiers et diplômée du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (clavecin, musicologie, écriture).)
Le texte

 
 
 
(: Dominique Sourisse)
L’interprétation
 

La première version proposée est dirigée par le « Maître »[2] Gustav Leonhardt (1928-2012) : le profil sévère, la plus grande sobriété dans les gestes, mais quelle maîtrise et quelle spiritualité… De plus, il pouvait s’entourer des meilleurs solistes : les jeunes Frans Brüggen (eh oui !) à la flûte, René Jacobs (!) comme voix d’alto, Max van Egmond (!) en voix de baryton-basse et Ton Koopman (!) à l’orgue… sans oublier les autres qui sont tout aussi excellents... Distribution : Mieke van der Sluis (soprano), René Jacobs (alto), Marius van Altena (ténor), Max van Egmond (basse) ; le chœur est le Collegium Vocale Gent et l’orchestre, le Musica Antiqua Amsterdam. Enregistré à la Canisiuskerk à Nimègue, Pays-bas, en 1977. Un magnifique moment…
 
La seconde version que je vous propose est plus récente et ne démérite pas du tout, même s’il est difficile de passer après la précédente équipe : la Netherlands Bach Society sous la direction de Jos van Veldhoven, avec Dorothee Mields (soprano), Alex Potter (alto), Charles Daniels (ténor), Tobias Berndt (basse).
 
Et deux curiosités :
: une transcription par György Kurtag pour piano à 4 mains, de la Sonatine introductive avec Lucas & Arthur Jussen.
: une transcription pour orgue cette fois, de la même Sonatine interprétée par Ulf Norberg sur l’orgue de la Hedvig Eleonora Church, à Stockholm .
 
[1] La Cantate BWV 106 « Actus Tragicus » de Johann Sebastian Bach fait partie des œuvres inscrites au programme de l’épreuve musique du Bac 2020 (enseignement de spécialité).
 
[2] En 1980, il obtient le Prix Érasme (Pays-Bas). En 2007, il reçoit les Insignes de Commandeur des Arts et des Lettres en France. En 2008, il est fait Commandeur de l'Ordre de la Couronne en Belgique. En 2009, il reçoit la Médaille d'Honneur d'Orange de la Reine Béatrix des Pays-Bas. Il est Docteur honoris causa des universités de Yale, Harvard, Washington, Dallas, Metz, Amsterdam, Leyde, Padoue.
 
 

 
 
CONTACTS

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Responsable de l’Unité pastorale
Curé de tous les clochers de l’entité de Leuze
Tour Saint-Pierre 15
7900 Leuze-en-Hainaut
069/77.79.03
0479/62.66.20

M. le Diacre Jean-Marie Bourgeois
Pastorale du Baptême des petits enfants – Pastorale scolaire
Grand-Rue 56
7900 Leuze-en-Hainaut

M. le Diacre Michel Hublet
Mise à jour du site internet
Avenue de la Croix-Rouge 44
7900 Leuze-en-Hainaut

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Secrétaire général de la Conférence  épiscopale belge -
Adresse : asbl Centre interdiocésain, rue Guimard 1,  1040 Bruxelles - Tél. : 02/507 05 93 -
Autorité de contrôle : Rue de la Presse 35, 1000 Bruxelles - Tél. : 02/274 48 00 -

Secrétariat décanal
Tour Saint-Pierre 15 – 7900 Leuze-en-Hainaut
069/77.79.03
Permanences : mardi et vendredi de 9h30 à 12h00
En cas d’absence, s’adresser à M. le Doyen

 
Dans la région…

Communiqué de l’Evêché de Tournai
 
Suite aux mesures sanitaires en cours, toutes les activités annoncées en agenda pour les prochaines semaines sont annulées ou reportées. Il en est de même pour les cours et formations. En cas de doute, n'hésitez pas à contacter les organisateurs. Nous vous tiendrons informés au fur et à mesure des événements. Merci de votre compréhension.
 
Le service Communication






 
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